Le quotidien syrien à grand tirage Al-Watan affirme qu'une flotte russe menée par le porte-avions Amiral Kouznetsov accostera d'ici quelques jours à la base navale de Tartous, en Syrie, et qu'il y restera pendant six jours.
La flotte russe comprend « des avions Sukhoï 33 et MiG 29 ainsi que des hélicoptères (anti-sous-marins) Ka-27, plusieurs systèmes de missiles antiaériens, des navires de guerre et des sous-marins », affirme-t-il.
Selon Al-Watan, considéré comme proche du pouvoir, le porte-avions sera escorté « du navire anti-sous-marin Amiral Chabanenko [...] du navire de support Nicolaï Chiker ainsi que des navires-citernes Sergueï Osipov, Viazma et Kama ».
La base navale de Tartous est la seule dont dispose la Russie en mer Méditerranée, ce qui lui confère une importance stratégique certaine. Moscou l'a récemment agrandie.
La Russie s'impose comme le plus important allié de la Syrie depuis que le pays est en proie à un soulèvement populaire, à la mi-mars. Moscou est le principal fournisseur d'armes de Damas et protège le régime de Bachar Al-Assad de sanctions au Conseil de sécurité de l'ONU.
À l'instar de Pékin, Moscou a opposé son veto en octobre à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU prévoyant la possibilité d'imposer un embargo sur les livraisons d'armes à la Syrie.
Pressée d'agir par les Occidentaux, la Russie a déposé en décembre un projet de résolution imputant les violences à parts égales au régime syrien et aux opposants, ce qu'ont rejeté les pays occidentaux.
« Le Conseil de sécurité [de l'ONU] ne peut pas rester silencieux », a déclaré une fois de plus mardi le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, sur les ondes d'iTélé. « On voit bien qu'il y a une répression absolument sauvage, que ce régime n'a plus réellement d'avenir et donc il appartient à la communauté internationale de se prononcer ».
Le président français Nicolas Sarkozy a quant à lui appelé le président Bachar Al-Assad à quitter le pouvoir et la communauté internationale à « prendre ses responsabilités » pour faire cesser la répression.
« Elle doit agir efficacement, en dénonçant sans relâche une répression barbare, s'assurer que les observateurs de la Ligue arabe ont tous les moyens et toute la liberté de faire leur travail, en prenant les sanctions les plus dures, en assurant l'accès humanitaire ».
« Aujourd'hui, les massacres commis par le régime syrien suscitent à juste titre l'écoeurement et la révolte, dans le monde arabe, en France, en Europe et partout dans le monde », affirme Nicolas Sarkozy.
Rencontre de la Ligue arabe au Caire
Par ailleurs, les pays membres de la Ligue arabe se réuniront samedi au Caire, en Égypte, pour étudier le premier rapport de ses observateurs en Syrie, a annoncé le secrétaire général adjoint de l'organisation panarabe, Ahmed bin Heli.
Un responsable de la Ligue a déclaré sous couvert de l'anonymat à Associated Press que les délégations pourraient discuter de la possibilité de retirer les observateurs du pays.
Les observateurs de la Ligue arabe, qui sillonnent le pays depuis le 27 décembre, doivent s'assurer du respect d'un accord devant entraîner la fin des violences. Leur travail est sévèrement critiqué par l'opposition.
Photo: AFP
Sur des images publiées sur YouTube, les observateurs de la Ligue arabe se frayent un chemin parmi les protestataires en Syrie, le 30 décembre 2011.
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Lundi, le secrétaire général de la Ligue, Nabil Al-Arabi, a reconnu que la présence des observateurs n'a pas permis jusqu'ici de faire cesser les tueries dans le pays. Il a cependant souligné que quelques progrès ont été accomplis.
« Un des objectifs de la mission était d'assurer la libération de 3484 personnes détenues par le gouvernement syrien en quatre étapes. La libération d'un nouveau groupe sera annoncée bientôt. Les chars se sont retirés des villes et de leurs environs. Mais, selon certaines informations, des tireurs embusqués continuent à opérer depuis les toits de bâtiments et il y a des violences continuelles », a affirmé M. Al-Arabi.
Selon les Comités locaux de coordination, qui chapeautent les manifestations contre le régime du président Bachar Al-Assad, pas moins de 390 personnes ont été tuées depuis que les premiers membres de la mission sont arrivés en Syrie, le 21 décembre.
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), un groupe d'opposition basé à Londres, a rapporté que deux civils ont été tués à Hama et trois autres ont subi le même sort à Homs, haut lieu de la contestation dans le centre du pays.
L'OSDH affirme par ailleurs que 18 membres des forces de sécurité syriennes ont été tués mardi à l'aube dans des affrontements avec des déserteurs dans la région de Deraa, dans le sud de la Syrie.
L'agence de presse officielle syrienne Sana a pour sa part annoncé qu'un « groupe terroriste armé » a fait exploser un gazoduc près de la ville de Rastane, non loin de Homs, dans le centre du pays, interrompant du coup l'approvisionnement en gaz de deux centrales électriques.
Les observateurs critiqués par l'opposition
Dans un communiqué, les Comités locaux de coordination ont demandé au chef de la Ligue arabe et aux observateurs d'avoir une attitude « objective, impartiale et honnête ainsi qu'un sens des responsabilités [...] et d'annoncer leur impuissance à mener seuls cette mission et demander l'aide des organisations internationales concernées ».
« Nous voulons dire à Nabil Al-Arabi que le manque de professionnalisme des observateurs et le non-respect des horaires de leur arrivée dans des lieux précis ont fait que de nombreuses personnes ont été tuées », ont-ils souligné. « Le travail des observateurs, qui devaient en principe surveiller l'application du plan arabe visant à faire cesser les assassinats, est entravé quotidiennement par le régime ».
« Les officiers et les soldats de l'armée portent des costumes de policiers, conduisent des véhicules militaires repeints et changent le nom des lieux, mais cela ne signifie pas que l'armée s'est retirée des villes et des rues ni que le régime applique les clauses du protocole » arabe, ajoutent les Comités locaux de coordination.
Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a pour sa part réclamé une clarification de cette mission d'observateurs. « Est-ce qu'ils peuvent vraiment avoir accès à l'information en toute liberté ? [...] Je suis dubitatif », a dit le ministre, ajoutant : « Il faut vraiment que la vérité soit établie et que le régime n'arrive pas à intoxiquer finalement les observateurs qui sont sur le terrain ».
L'Armée syrienne libre prête à reprendre l'offensive
L'Armée syrienne libre affirme de son côté que la mission des observateurs de la Ligue arabe constitue un échec et que ses combattants sont prêts à reprendre l'offensive si la situation n'évolue pas rapidement.
« Si nous avons le sentiment que les observateurs ne sont toujours pas sérieux dans les prochains jours, au plus tard dans une semaine, nous prendrons une décision qui surprendra le régime et le monde entier », affirme le chef de l'ASL, le général Riad Al-Asaad, dans une entrevue à l'agence Reuters.
La semaine dernière, le colonel Al-Asaad a annoncé qu'il avait ordonné à ses troupes de cesser le combat pendant la visite des observateurs de la Ligue arabe, sauf dans les cas de légitime défense.
Radio-Canada.ca avecAgence France Presse, Associated Press et Reuters
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