Le président de l’APN, chambre basse du Parlement, Abdelaziz Ziari a ouvert le feu sur tout le monde dans une interview accordée mardi 17 mai au quotidien Echourouk. A commencer par le Conseil de la nation (Sénat). « Il n’est pas normal qu’une assemblée désignée puisse bloquer une loi adoptée par une assemblée élue. Il faut trouver une solution au pouvoir législatif. Je crois que l’existence du Conseil de la nation n’a aucune utilité », a‑t‑il déclaré.
Pour lui, le système parlementaire, s’il est adopté, pourrait être source de dangers pour le pays. « Ce système donnera le pouvoir à un Premier ministre désigné par les assemblées élues. Pour les 30 ou 40 ans prochains, le système parlementaire restera dangereux car la carte politique actuelle fera dégager un régime tribal, régionaliste », a‑t‑il tenté d’expliquer. Selon lui, le modèle français du système semi‑présidentiel est le mieux adapté pour l’Algérie. « Il n’y a aucun intérêt politique à dissoudre le Parlement. L’application des lois électorales et sur les partis aurait produit la même représentation avec le FLN et le RND. Il n’y en a pas d’autres. Le changement signifie‑t‑il le départ du RND et du FLN par une porte et leur retour par une autre ? », s’est‑il interrogé.
Il a reconnu que les assemblées élues sont dépourvues de prérogatives en raison de l’envahissement de l’administration. « Il faut reconstruire les institutions et renforcer leurs rôles. Les institutions actuelles manquent d’expérience et leur rôle est faible (…). Il est temps que l’Algérien se gouverne lui‑même, loin de tout paternalisme ou tutelle. Il doit jouir de son droit de citoyenneté », a‑t‑il plaidé. Selon lui, les réformes engagées par le président Bouteflika n’ont aucun rapport avec les révoltes arabes ou les contestations sociales en Algérie. « Le président n’a pas cédé à l’opposition. Les revendications des Algériens se limitent à des aspects sociaux comme l’augmentation des salaires. Nous n’avons pas entendu des appels aux réformes politiques mis à part de certains groupes restreints. Et puis de quelle réforme parlent‑ils ? Ils veulent qu’on quitte la scène pour qu’ils prennent nos postes ? Les revendications de certains démocrates visent à avoir des postes. J’étais ministre au gouvernement Ghozali et j’ai vu des démocrates faire la queue devant le siège du gouvernement pour exiger l’arrêt du processus électoral en 1992 et l’intervention de l’armée pour les protéger du choix du peuple et sa voix qui est partie aux islamistes. Nous refusons de céder aux pressions des lobbies. Lorsqu’on demande le changement, on doit citer les choses par leur nom »,a‑t‑il dit.
Il a minimisé les critiques de l’opposition sur le rôle nul du Parlement actuellement dans la vie politique du pays. « Ce ne sont que des points de vue (…). Le complexe de l’opposition est qu’elle refuse de reconnaître qu’elle est minoritaire. Certains attaquent le FLN alors que seuls les militants du FLN sont présents dans tout le pays. Je ferai tout pour que le FLN ait la majorité absolue à l’APN », a‑t‑il lancé. Pour lui, l’APN n’a pas échoué dans sa mission. « Je suis à l’aise. S’il faut situer les responsabilités, il appartient aux groupes parlementaires d’assumer l’échec ou la réussite de l’actuelle législature », a‑t‑il noté.
Le Parlement de 1997 n’a, à ses yeux, rien apporté de nouveau comparé à l’actuelle législature. « Je crois que la satisfaction autour du Parlement de 1997 vient du fait que des quotas avaient été distribués. La parole n’était pas donnée au peuple. Aujourd’hui, nous parlons d’une assemblée, émanation d’élection », a‑t‑il appuyé. Autrement dit, Abdelaziz Ziari donne raison, quatorze ans après, à ceux qui avaient dénoncé la fraude électorale massive qui avait marqué les législatives de 1997 au profit du RND, créé à cette date. Le rapport parlementaire sur cette fraude n'a jusqu'ici jamais été révélé à l'opinion publique. Pour lui, l’Alliance présidentielle, constituée du RND, du FLN et du MSP, a gelé l’action politique dans le pays. « Il faut revenir à la concurrence politique (…). Mais, nous ne sommes pas responsables de la faiblesse de l’opposition. Nous sommes toujours en apprentissage démocratique », a‑t‑il dit.

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